L’actu en Science – 15 juin

Salut à toutes et à tous,

que dire ? Nous avons été beaucoup absents mais Sci&Fi nous manquait alors nous avons décidé de remettre nos casquettes respectives. L’Archeoranger et le Conteur sont donc de retours et ont décidé de redémarrer sur quelques actualités scientifiques. Cette semaine sont abordés l’utilisation de la digitalisation 2.0 afin de reconstruire des réseaux culturels et commercials du passé, la dangerosité insoupçonnée des feux de forêts et enfin la capacité du règne microscopique à communiquer entre espèces différentes. Bonne lecture.

La place San Marco à Venise, peinture par F. Guardi, 18e Siècle (via Wikimedia)

La Venise passée comme si vous y étiez

Voyager dans le temps reste un fantasme encore inaccessible si ce n’est dans l’imaginaire que l’on retrouve dans la science-fiction. Cependant, les technologie actuelles nous permettent de mimer cette expérience. Cela demande de développer une connaissance détaillée de l’histoire du lieu et de l’époque que l’on souhaite découvrir.

C’est d’ailleurs l’une des promesses du projet en développement par l’équipe du Laboratoire des Humanités Digitales de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Celui-ci se repose sur l’analyse des registres et différentes sources d’informations sur la ville de Venise et son activité sur une période d’environ mille ans, de sa Sérénissime République à aujourd’hui. Cela étant aujourd’hui possible grâce aux technologies modernes qui offrent la possibilités d’analyser des volumes sans les ouvrir (et donc de potentiellement les endommager) pour récupérer des versions numérisées de chaque page ainsi que d’automatiser la digitalisation des informations et de les corréler entre-elles via l’apprentissage machine (s’appuyant sur une intelligence artificielle capable d’apprendre grâce à un réseau de neurones artificiels).

Si ce projet aboutit, il offrirait non seulement des informations sur l’Histoire mais également l’état des réseaux à différentes époques : on pense évidemment à l’évolution des marchés et routes commerciales mais plus surprenamment la propagation de maladie par exemple. Ce projet a pour objectif lointain d’offrir la possibilité à d’autres grands centres commerciaux et culturels de faire de même afin de virtuellement reconstruire la tapisserie des réseaux d’échanges économique, culturelle et sanitaire au cours du temps en Europe puis par extension aux autres continents.

Cependant il est important de rappeler qu’il ne s’agit pour l’instant que d’un projet aux objectifs ambitieux. Il sera donc intéressant d’en suivre le déroulement  dans l’espoir de le voir atteindre ses objectifs et peut-être bien plus.

Les feux de forêts, on les savait dangeureux pour les habitations humaines, les espèces animales et végétales et le bilan carbone de la planète. Il est maintenant une certitude qu’ils génèrent plus de pollution que certaines industries lourdes et que la dangerosité pour la santé humaine est bien plus élevée que précédemment estimée. (Crédits : Kari Greer/USFS Gila National Forest via NASA)

Les feux de forêts, pollueurs sous-estimés

Il est évident que les forêts sont une ressource inestimable tant pour leurs fonctions dans le cycle de l’eau que dans la production d’oxygène en plus d’être des lieux de loisirs ou de villégiatures. Leur perte en revanche menace l’équilibre en carbone de notre atmosphère, met des milliers d’espèces en danger d’extinction sans parler des risques d’inondations etc..

Une étude paru ce mois-ci rapporte d’autres faits encore plus inquiétants. Utilisant des équipements mis au point spécifiquement pour leurs missions, des chercheurs ont étudié la composition chimiques des panaches de fumée de plusieurs feux de forêts tempérées aux Etats-Unis. Il en ressort que des molécules jamais observées dans des feux de forêts, des nitrates principalement, ont été mesurés dans ces conditions réelles. Hormis la découverte de molécules inédites dans ces panaches, le taux de production de particules fines est trois fois plus élevé que précédemment estimé. Que ce soit quantitativement ou qualitativement les feux sauvages polluent bien davantage que l’on soupçonnait. A ce propos, les chercheurs ont calculé qu’à quantité de combustible égale les feux de forêts sont plus polluants que les industries lourdes.

Il devient toujours plus urgent de protéger nos forêts et ce particulièrement dans les zones à risque d’incendie. Les auteurs de cette étude préconise particulièrement l’utilisation de feux préventifs qui, comparativement, brûlent moins de biomasse et sont moins polluants et permettent surtout d’éviter l’embrasement sauvage de centaines d’hectares de forêts.

 

Le champignon Fusarium culmorum (en orange-jaune) émet un type de composé organique volatils qui modifie le comportement des bactéries (les bâtonnets). C’est l’un des premiers exemples de communications effectives avec un champignon comme espèce émettrice d’un message. (Crédit : 21 Lux photography/Heike Engel)

Parlez-vous le terpène ?

Parlerions-nous le terpène, nous pourrions communiquer avec les plantes, les champignons et certains insectes; nous aurions effectivement un moyen de nous mettre au diapason de beaucoup d’espèces dans ce monde.

Si le langage verbal permet une large de gammes de est l’une des caractéristiques de notre espèce, il ne peut-être compris réellement que par notre propre espèce et communiquer avec d’autres espèces reste plutôt de l’ordre de la gageure (nous avons entendu parler de gens qui parlent à leurs plantes d’intérieures mais là..bon). La difficulté que nous avons à ne pouvoir “communiquer” qu’avec un nombre restreint d’espèces tient en partie au fait que nous ne savons pas parler le terpène.

Le terpène fait partie d’une famille appelée les composés organiques volatils. Cette dernière recouvre de nombreuses molécules qui servent d’intermédiaire entres plantes, insectes et certains champignons.

C’est finalement assez récemment qu’il a été découvert que certains champignons pouvaient eux aussi émettre des terpènes et ce à fin de modifier le comportement de certaines bactéries. Dans un article paru dans Nature, des scientifiques y décrivent les effets de ce signal émis par le champignon Fusarium culmorum sur des bactéries. Ils ont observé une modification dans l’expression de certains gènes qui ont une fonction commune, faciliter le déplacement des bactéries et leur capacité à “flairer” leur environnement (la chémotaxie). Donc il semble que ce champignon veuille rendre ces bactéries plus mobile. La vraie question est : à quelle fin? Le champignon veut-il repousser ou au contraire attirer les bactéries? Ou espère-t-il qu’elles fassent une tâche qui lui soit bénéfique? Impossible d’en savoir plus pour le moment.

Il reste, malgré tout, ahurissant de penser que le sol sous nos pieds n’est pas inerte mais plutôt le théâtre d’un intense débat intra et inter espèces.

 

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C’était l’Archeo-ranger et le Conteur pour Sci&Fi, transmission terminée…

Références :
Abbot (2017) The ‘time machine’ reconstructing ancient Venice’s social networks. Nature News Feature.
Liu et a. (2017) Airborne measurements of western U.S. wildfire emissions: Comparison with prescribed burning and air quality implications. Journal of Geophysical Research: Atmospheres.
Schmidt et al. (2017) Fungal volatile compounds induce production of the secondary metabolite Sodorifen in Serratia plymuthica PRI-2C. Scientific Reports. Et le communiqué de presse à retrouver ici : The world’s most spoken language is…Terpene.

Crédits visuels :
Venise : Wikimedia
Feu de forêt : Kari Greer/USFS Gila National Forest via NASA
Champignon au microscope : 21 Lux photography/Heike Engel.

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