Homo naledi : mais qui êtes-vous ?

Reconstruction du faciès d’Homo naledi (Crédit : John Gurche et Mark Thiessen pour National Geographic)

Une série de controverses

Homo naledi est le dernier ajout à l’arbre évolutif de la famille des Homo. Dans un précédent article, nous évoquions sa découverte en 2015 en Afrique du Sud. Malgré un nombre croissant de publications à son sujet, naledi reste un mystère évolutif et écologique.

Sa découverte a apporté son lot de controverses. En premier lieu, son âge. En paléontologie, il est crucial d’obtenir une datation qui donne un contexte à des fragments et permet également de plus facilement de placer une espèce au sein d’un arbre phylogénétique. En 2017, non seulement la datation des os a été effectuée sur trois dents mais aussi sur les couches stratigraphiques qui enserraient les fossiles. L’estimation initiale des chercheurs faisait remonter l’espèce à 1 ou 2 M d’années. En réalité, Homo naledi parcourait l’Afrique aux alentours de -335k et -236k années, autant dire hier à l’échelle de la Terre. Pour vous donner un ordre d’idée, ces dates sont tellement récentes que notre espèce était déjà apparue mais n’était probablement pas encore sortie d’Afrique (selon les dernières datations).

Outre la datation, l’autre point contentieux est la morphologie de naledi. Plusieurs traits le rapprochent fortement du genre Australopithecus tels une petite taille et masse, un cerveau peu volumineux et des doigts incurvés. Ce dernier trait suggère d’ailleurs un mode de vie arboricole. De manière concomitante, naledi se rapproche des autres espèces du genre Homo en présentant par exemple un dimorphisme sexuel (c.à.d. une différence morphologique marquée entre les sexes) fortement réduit, un poignet adapté pour une dextérité manuelle ainsi que des membres postérieurs allongés, qui bien évidemment suggère une capacité à la marche à pied sur de longues distances et, enfin, des caractéristiques crâniales proches de celles des Homo primitifs tels erectus et habilis. Pour finir, une récente analyse de la forme et de la taille de ses molaires révèle que ses dents se différencient à la fois de toutes les autres espèces. Ainsi, on peut supposer que naledi ne mangeait pas la même chose et, par conséquent, ne se trouvaient probablement pas dans des environnements identiques à ceux d’Homo ou Australopithecus.

En fin de compte, nous sommes en présence d’un étrange spécimen qui ne colle pas tout à fait à l’histoire de l’évolution de notre genre car il n’en respecte pas tous les critères d’inclusion.

  • Un volume crânien, une taille et des membres supérieurs plutôt Australopithecus
  • Une forme de crâne, un poignet et des membres inférieurs plutôt Homo
  • Une datation qui le place très proche de notre espèce
  • On ne sait presque rien de l’environnement dans lequel l’espèce évoluait

Where did you come from, where did you go, cotton eye joe ?

Pour le moment, il n’existe pas de consensus sur le statut de naledi bien que nombre de chercheurs s’accordent sur le fait qu’il s’agit bien d’un membre de notre genre. En l’absence de certitudes, une hypothèse plutôt crédible quant à la place de naledi dans l’évolution a malgré tout été avancée. Il est pensé que naledi est à placer au bas de l’arbre évolutif du genre Homo, c’est à dire proche de l’ancêtre commun à toutes ces espèces. Autrement, la rétention de traits archaïques similaires aux australopithèques n’aurait aucun sens. Le souci avec cette hypothèse est que cette divergence des genres se serait opéré il y a 2,4 M d’années. Il y aurait donc une période d’environ 2 millions d’années pour laquelle aucun fossile de naledi n’a été retrouvé ; c’est une période certes longue mais la préservation des fossiles a pu être mauvaise ou bien des restes plus anciens n’ont juste pas encore été retrouvés. Cette hypothèse a aussi l’avantage de prendre en compte les différences dentaires observées. Si l’on part du principe que naledi occupait une niche écologique différente de celles des espèces plus « évoluées » (erectus et consorts) alors il parait possible qu’il ait survécu puisqu’il n’était pas en compétition directe avec ces autres Homo. En fin de compte, il reste un important corpus de connaissance à constituer, avec des analyses telles que l’usure ou la proportion d’isotopes dans les dents, afin de nous renseigner sur le paléoenvironnment qu’il fréquentait et quelle place naledi occupe réellement dans l’arbre évolutif de la lignée humaine.

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C’était l’Archeo-ranger pour Sci&Fi, transmission terminée…

Sources :
The age of Homo naledi and associated sediments in the Rising Star Cave, South Africa. 2017 eLIfe
Dental topography and the diet of Homo naledi. 2017 Journal of Human Evolution.
Body size, brain size, and sexual dimorphism in Homo naledi from the Dinaledi Chamber. 2017 Journal of Human Evolution.

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