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Gants de boxe romains sortis de terre

L’été dernier (2017) des archéologues de la Fondation Vindolandia, en Angleterre, auraient découvert les premiers gants de boxes intacts datant de la période romaine.

Gros plan sur les deux « gants de boxes » romains en exposition au musée de la Fondation Vindolandia. Ces deux exemples ne forment pas une paire car ils sont de design et de tailles différents (Crédit : Vindolandia Chraitable Trust).

A mi-chemin entre des gants et un bandage pour les mains, ces artefacts ont été retrouvé dans des barraquements de cavalerie romaine, non loin du mur d’Hadrien mais datant d’avant sa construction. Ces deux cestes (caestus en latin) sont similaires de par leur fabrication : du cuir de bonne qualité plié puis cousu laissant l’espace intérieur creux pour être rembourré. Malheureusement, ces deux gants ne forment pas une paire car ils ont des tailles et styles différent. Le plus gros des deux (à gauche sur la photo) était rembourré de matériaux mous pour absorber les chocs. Les archéologues pensent qu’au vu de sa taille trop allongée et son degrée d’usage, il n’était plus utilisable. Le plus petit (à droite sur la photo), en revanche, parait moins abîmée et porte d’ailleurs toujours les marques des jointures du soldat qui l’utilisait. Contrairement au premier, celui-ci est renforcé par des lanières de cuir torsadées.

La statue du « Pugiliste des thermes ». Le plus intéressant sont les « cestes » (caestus en latin) qu’il porte au main et qui sont renforcé de métal. Le pugilat est un ancêtre direct de la boxe anglaise (via Wikimedia).

Selon les archéologues, ces gants servaient aux soldats de la garnison stationnée sur place. Non seulement la pratique du pugilat, qui n’est au final qu’une forme ancestrale de la boxe anglaise moderne (poings seulement), permettait de rester en forme mais également d’organiser des tournois où les spectateurs pariaient sur l’issue du combat et donc constituait probablement une forme de distraction. Pour les compétitions réelles comme les Olympiades ou les Jeux de Cirque, les cestes étaient renforcés par des plaques de métal (photo ci-dessus). Dans ce contexte, il est probable que ceux qui ont été retrouvé ne servaient qu’aux entraînements ou étaient le seul style autorisé dans les garnisons ; après tout des soldats borgnes seraient moins à même de mener à bien leurs tâches.

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Explorons le passé, interrogeons le présent et rêvons le futur sur Sci&Fi.
C’était l’Archeo-ranger pour Sci&Fi, transmission terminée…

Source :
Rare Ancient Roman Boxing Gloves Uncovered at Vindolanda. Communiqué de Presse de la Vindolandia Charitable Trust.

L’actu en Science – 15 février

Chercher vous le bonheur dans la possession ou dans la relation ? Le succès de votre (futur ou présent) couple peut en dépendre ! (Crédit : wikimedia)

Problèmes conjugaux : seriez-vous trop matérialiste ?

Comment s’est passée votre Saint-Valentin ? Saviez-vous que les problèmes conjugaux sont plus prévalents lorsque l’une ou les deux personnes d’un couple marié est matérialiste ?
Etre matérialiste, si l’on s’en tient à la définition, signifie avoir un comportement orienté sur la recherche et l’obtention de possessions matérielles et en éprouver du plaisir. En s’appuyant sur un questionnaire rempli par 1310 personnes, des chercheurs étasuniens ont mise en évidence que plus une personne impartait de la valeur aux possessions matérielles moins elle en accordait au mariage et à la satisfaction qu’elle ressentait de ce dernier. Les chercheurs pensent qu’un/e matérialiste est davantage en relation proche avec ses objets qu’avec leur partenaire. Ainsi, le temps accordé à la communication, à la résolution de conflit et à l’intimité serait réduit d’où l’émergence de frictions au sein de l’unité.

Ainsi, si lors de la Saint-Valentin vous avez davantage chercher à l’impressionner avec un cadeau qu’à investir de votre temps et le/la charmer par votre présence, il est peut-être temps de s’ajuster. 😉

A bon entendeur, salut.

 

Une vue schématique de bois pendant et après le processus de condensation (Crédit : article originel, Nature)

Dur comme du bois, c’est vérifié !

Le bois est un des matériau, avec la pierre puis le métal, à avoir accompagné l’être humain dans la fabrication d’outils et d’habitats. Au cours des dernières décennies, les avancées scientifiques ont su se traduire en un foisonnement de nouveaux matériaux. Ceux-ci ont souvent supplanté le bois, à l’instar du béton, de l’acier et de certains verres. Cependant, le bois peut être facilement sourcé en quantité importante et ce avec un impact moindre sur l’écosystème dans lequel il est prélevé ou pour l’environnement à la différence des matériaux précédemment cités.

Il existe donc un intérêt à utiliser le bois et pourquoi pas le transformer, à moindre coût, en super-matériau. C’est en partie ce qu’a réussi à faire une équipe de chercheur des universités du Maryland et de Californie. En effet, en appliquant un procédé de compression à chaud, ils ont réussi à réduire de 80% l’épaisseur du bois tout en lui donnant une résistance dix fois supérieure à celle d’origine. Le processus aplatit toutes les structures tubulaires creuses du bois (les vaisseaux notamment) permettant ainsi aux fibres de se réorganiser et il en ressort une structure plus homogène et plus dense. Cela a pour conséquences de produire un matériau résistant, peu coûteux et facile à produire.

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L’actu en Science – 8 février

Bonne année à tous et à toutes (avec un tout petit peu de retard) !
On espère que les fêtes et le mois de janvier furent heureux de votre côté. A Sci&Fi, on redémarre notre année avec l’actualité en Science et on en a fait plus que d’habitude pour se remettre dans le bain. Cette semaine on parle de la glace superionique qui n’est pas un élément de science-fiction mais bine un état, prouvé, de l’eau. On va parler également de la lutte contre le réchauffement climatique grâce à des techniques de co-culture, de l’avancée dans la miniaturisation de lentilles optiques et du lien entre paracétamol et fertilité.

Bonne lecture.

Représentation de l’organisation des molécules d’eau en condition superionique (Crédits : article originel)

 

Glace superionique : un nouvel état de l’eau

L’eau est l’une des molécules les plus caractéristiques de notre planète, dite planète bleue après tout. On la rencontre couramment sous ses formes solide, liquide et gazeuse mais d’autres états, demandant des conditions particulière et absentes de la surface terrestre, existent également. Dans des conditions de pression dépassant les 100 GPa, soit un million de fois la pression exercée par notre atmosphère, de nouveaux états ont pu être mis en évidence. Ainsi, en laboratoire de l’eau glacée à pu être transformée en solide superionique. Dans cet état, l’eau devient un “solide cristallin souple”. Cela se traduit par une capacité de mouvement accru des ions hydrogènes au sein de mailles d’oxygènes solides. Il a été d’autant plus étonnant de constater qu’à cette pression, l’eau ne redevient liquide qu’à environ 4727°C et perd ses capacités de conductivité électrique. Il est supposée que cet état de la matière, même si naturellement absent sur Terre, pourrait être relativement commun sur des planètes de types géantes glacées où les conditions de gravité et atmosphériques (donc de pression) en permettent l’émergence.

 

Une allée de noyers couvrant des pousses de soja au Missouri (Crédits : USDA National Agroforestry Center)

Agroforesterie:  viable et durable ?

Plantons, oui, mais plus efficacement : on peut augmenter productivité primaire et réduire notre empreinte carbone. C’est le constat qui ressort d’une analyse comparative de la mise en place de systèmes d’agroforesterie.

L’agroforesterie est un terme générique qui désigne un ensemble de pratiques agricoles et pastorales où la même parcelle est aussi utilisée pour la culture d’arbres. Le sylvopastoralisme consiste, par exemple, à élever du bétail dans une forêt plus ou moins ouverte. La revue de 53 études scientifiques a démontré que la conversion de terres à ce type d’exploitation permettait d’augmenter significativement le carbone organique dans le sol. Des parcelles agricoles transformées en champs agrosylvicoles voyaient leur taux de carbone augmenter de 34% en moyenne ; de la même façon, la conversion de terres pastorales à un système sylvopastorale augmenterait le taux de carbone de 10%.

La pratique de la complantation a déjà été liée à une amélioration de la biodiversité ainsi que dans certains cas à la production primaire ainsi que la protection des parcelles contre l’érosion éolienne ou hydrauliques. L’attrait de ces techniques est d’autant renforcé par leur capacité à mitiger les émissions de carbone en le soustrayant de l’atmosphère pour le stocker dans les sols. A quand un changement massif de nos modes de productions ?

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L’actu en Science – 22 août

Salut à toutes et à tous,

cette semaine on parle bactéries mais vues sous deux angles différents. Le premier est comment on pourrait traiter certaines infections grâce à une action jusque là inconnue du lait maternelle. Deuxièmement, une archée retrouvée en Antarctique nous montre comment les plasmides, ces petites structures d’ADN semi-indépendantes au sein des bactéries, pourraient en fait être les ancêtres des virus actuels.

Action des sucres complexes du lait maternel sur des biofilms bactériens, rendant chaque organisme plus vulnérables à l’action des antibiotiques (Crédits : Steven Townsend / Vanderbil)

Des sucres maternels plus efficaces que les antibiotiques ?

L’on sait déjà que le lait maternel possède de nombreuses propriétés. C’est bien sûr une solution nutritive pour le nourrisson mais il permet aussi le transfert de microorganismes qui vont construire sa flore intestinale. Il est également su que certaines protéines contenues dans ce lait aide au développement du système immunitaire du nouveau-né. Ce rôle dans l’immunité est d’autant renforcé avec la découverte que certains sucres complexes avaient également des propriétés antibactériennes.

Il a été ainsi démontré que selon les donneuses, les glucides présents dans le lait maternel est capable de tuer les bactéries ou du moins de désorganiser les biofilms, des communautés de bactéries entourées d’une matrice protectrice, rendant les organismes plus vulnérables à d’autres agents antimicrobiens voire les deux simultanément.

Il ne s’agit cependant pas d’une cure miracle mais bel et bien d’une source potentielle de nouveaux traitements qui pourrait accompagner, éventuellement remplacer dans certains cas, la prise d’antibiotiques. Il reste à étudier plus en détails l’actions de ces glucides complexes et à développer des solutions pour reproduire ces composés dans un objectifs pharmaceutique.

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L’actu en Science – 15 août

Salut à tous et à toutes,
cette semaine dans les actualités en science, on couvre les dernières conclusions d’une équipe de chercheurs sur l’augmentation de la fréquence et de l’amplitude des inondations en Europe. Une perspective peu rassurante sur le changement climatique ! En parlant d’amplitude, notre seconde actualité traite du plus grand dinosaure jamais découvert, un représentant de la famille des Titanosaures…

Les crues en Europe sont d’ores et déjà perturbées mais de manière différentes selon les zones. En 1) fonte des neiges précoce, en 2) tempêtes hivernales ultérieures, en 3) saturation précoce des sols et en 4) une augmentation des pluies hivernales (Crédit : Figure 1 de l’article originel)

Le climat se dérègle, les inondations aussi

Le changement climatique ne va pas seulement se traduire par une hausse de la température généralisée mais aura, et a déjà, des conséquences beaucoup plus tangibles. Un dérèglement des inondations met en danger potentiellement un grand nombre de villes ainsi que les ressources agricoles en danger.

Une équipe internationale de chercheurs vient de publier une étude portant sur deux facteurs fondamentaux des inondations: leur périodicité et leur magnitude. En utilisant les données de plus de 4200 stations hydrométriques réparties sur les territoires européens, et datant d’entre 1960 et 2010, elle a pu observé les changements dans la période d’arrivée et dans l’ampleur des crues. Comme l’on pouvait s’en douter, les tendances varient selon la distance à l’océan Atlantique et selon la distance à des chaînes montagneuses. Globalement, il a été conclu que les crues, en moyenne, changeaient de rythme survenant plus tôt ou plus tard selon les endroits. D’autres facteurs étaient à prendre en compte, également, comme la saturation des sols et des aquifères qui généralement aggrave la taille des crues en rejetant le surplus dans les cours d’eau. En clair, les crues vont non seulement être plus difficiles à prédire quant à leur arrivée, elles seront probablement plus dangereuses aussi.

Le grand problème pour nous autres sont les suivants. La plupart des grandes villes ont historiquement été bâties sur des fleuves ou des rivières pour des raisons soit d’approvisionnement, de locomotion ou de défense. Les systèmes anti-crues actuels sont basés sur les observations faites dans le passé alors que les tendances montrent une augmentation des volumes mettant en danger des millions de gens.

La production agricole sera fortement touchée elle aussi. Certains sols seront trop humides à des moments défavorables, les crues éroderont les terrains fragiles voire pourront causer des dommages aux plantations déjà installées. Enfin l’incertitude d’arrivée des crues et donc de remplissage des barrages pourrait avoir des conséquences négatives sur la production hydroélectrique.
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L’actu en Science – 29 juin

Salut tous et à toutes,
cette semaine dans les actualités en Science : la particularité du medium photographique et le lien entre pratique religieuse et suicide.

Photographies argentiques et Objectifs

Les souvenirs sur pellicules

La photographie est un art complexe qui tend à capturer, par l’image seule, un moment précieux ainsi que les ressentis qui l’entourent. Avec le développement et la plus grande accessibilité des appareils photographiques, il a été noté que la photographie était parfois utilisée comme un moyen de conserver de manière externe des informations visuelles ; une sorte d’aide-mémoire. Cependant une étude démontre que la photographie augmente la capacité à enregistrer de manière efficace des informations visuelles. Il a été observé que la réalisation d’un photo induit un état d’attention accrue quant aux détails des lieux et objets vus. Cela s’effectue cependant aux dépens des informations auditives qui sont, elles, moins bien capturées.
Notre manière de capturer des images va moduler notre manière de les mémoriser. Nous avons le choix d’utiliser la photographie comme une extension externe de notre mémoire ou de concentrer notre attention pour capturer plus en détails ce que l’on observe afin de mieux les conserver dans nos souvenirs. Cette deuxième possibilité à un coût, l’attention portée aux images diminue celle de nos autres sens comme l’ouïe et le toucher et réduit donc les dimensions du souvenirs enregistrés.

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Les vautours ces (gan)graines de champions

Il a été découvert que certaines espèces de vautours étaient parmi les réservoirs bactériens de Clostridium perfringens, cette bactérie qui cause des cas particulièrement impressionnants de gangrène gazeuse ; l’Archeo-ranger reprend les éléments de cette découverte les uns après les autres.

La gangrène, ce mot issu du grec « gagraina » et qui signifie putréfaction des tissus, est l’une de ces pathologies – disons le clairement – dégoutantes. Elle est généralement associée avec les soldats blessés à la guerre et dont le traitement a souvent été l’amputation du membre infecté. Mais en temps de paix, elle est toujours présente, bien que le nombre de cas décroît ostensiblement (1000 cas par an aux E.U.A selon Wikipédia). En effet, la gangrène ne se contracte uniquement que par la souillure d’une plaie par des bactéries présentes dans la terre ou sur des outils mal désinfectés. Mais comment font ces bactéries pour survivre, quelles sont leurs mécanismes de reproduction ? Il est certain qu’elles n’attendent pas qu’un humain avec une plaie ouverte passe par là pour espérer l’infecter. Non, en réalité des animaux « réservoirs » hébergent les bactéries (qui y vivent d’ailleurs très bien) et les libèrent à travers leurs excréments. Ces bactéries survivant un temps en extérieur et si un humain se trouve être en contact direct avec la zone souillée alors l’infection peut survenir. Il peut suffire de marcher avec des chaussures ouvertes et avoir une coupure au pied ou même se faire éclabousser par de la boue et avoir une blessure ouverte, comme feu les soldats des tranchées de la Première Guerre Mondiale. La question reste donc, quel animal porte cette bactérie et pourquoi ceux-ci ne meurent-ils pas de la même infection que nous ?

Âmes sensibles s’abstenir, les images plus bas peuvent piquer les yeux, vous êtes prévenus.

 

Le concept d’animal-réservoir

Vous vous êtes peut-être déjà demandé où vont les virus ou les bactéries lorsque personne n’en est infecté ?
Typiquement, comment se fait-il que la grippe revienne chaque année alors même que personne ne semble en être affecté pendant les mois d’été ?
L’une des explications est à trouver du côté du mécanisme de survie des microbes. Voyez-vous, la plupart d’entre eux ont des réservoirs, c’est-à-dire des animaux qui ne sont généralement pas “affectés” par le virus mais au sein duquel le virus peut se multiplier et être transporté au gré des mouvements de l’hôte, le tout gratuitement. Ainsi, dans le cas de la grippe aviaire, comme son nom l’indique, elle est transportée par certains oiseaux dont elle affecte le tube digestif et ne se transmettra à l’homme que via leurs déjections.

Ainsi, pour comprendre le cycle de vie d’un microbe et potentiellement se prémunir de ces infections (là on ne parle pas de traitement mais bien de prévention), il faut notamment connaitre son moyen de transmission entre êtres humains mais aussi le moyen de transport et de transmission entre l’animal réservoir et l’humain. Si il est difficile de voir et d’éviter des particules microscopiques, il peut-être plus simple de voir ou de se prémunir du vecteur pathogène ; ou en tout cas interagir avec lui de manière sûre. Dans le cas de la grippe à nouveau, cela passe par une interdiction de mettre sur le même marché aux bêtes des oiseaux et des cochons vivants puisque l’on sait que les porcs peuvent contracter le virus en étant exposé aux déjections aviaires. Une fois les porcs grippés, le virus est déjà taillé pour se propager chez l’homme due à une relative similarité immunologique entre nos poumons. Bref, vous l’aurez compris il est essentiel de trouver l’animal réservoir des virus qui nous affectent et prendre des mesures de précautions.

Le vautour chaugoun, un des vautours de l’ancien continent dont chaque individu peut lâcher un nombre variable de bactéries causant la gangrène gazeuse par ses excréments (via Wikimédia)

Montage photo avec grossissement progressif d’un intestin affecté. A) Surface B) Structure interne C) Les bâtonnets bactériens D) Clostridium perfringens au microscope électronique. (via Wikimédia)

Les vautours, réservoir de la gangrène

Des chercheurs chinois se sont intéressées aux bactéries présentes dans les excréments de certain vautours présents en Chine et rapportent qu’un nombre important de bactéries pathogènes utilisent les vautours comme réservoirs. En utilisant une technique de séquençage d’ARN propres aux microbes (et donc ne lisant pas les séquences provenant du vautour), ils ont retrouvé 314 séquences microbiennes différentes. Seulement 102 (soit 32%) correspondaient à des espèces de bactéries connues, le reste étaient soit des espèces inconnues soit des variantes inconnues de séquences connues. De ces 102 séquences connues, 45 portaient la signature d’agents pathogènes aux humains. Il y a donc une inquiétante quantité de maladie dont les vautours sont les réservoirs.Toutefois, la plupart de ces séquences ont été retrouvées en quantités infimes donc leur potentiel de dangerosité est très réduit.

Mais le plus troublant reste que la bactérie la plus nombreuse reste Clostridium perfringens. En principe, cette bactérie ne devrait pas nous inquiéter. En effet, c’est une espèce immobile et anaérobique obligée, c’est à dire qui survit uniquement dans des milieux sans oxygène et périclite au contact de l’oxygène ambiant. Autrement dit, cette bactérie et nous vivons dans des mondes opposés. Oui, mais voilà, elle est aussi la cause principale de la gangrène gazeuse. Ce type de gangrène est particulièrement impressionnant du fait que la zone infectée gonfle, qu’elle provoque des œdèmes et des tâches violacées de tissus nécrosés sont visibles à la surface la peau. Son traitement même avec nos antibiotiques modernes n’est pas assuré. Dans certains cas limités, l’injection d’oxygène sous pression proche des tissus infectés peut entraver la croissance des bactéries anaérobiques. Malheureusement, l’amputation est encore courante pour se débarrasser de l’infection – l’alternative étant la mort du patient…

 

Patient affecté par un cas de gangrène gazeuse, photographie avant amputation. La peau violacée est nécrosée et des œdèmes sont visibles.

Ceci étant, rien ne sert de s’affoler et d’ordonner l’abattage systématique des vautours (d’ailleurs la plupart sont DÉJÀ en voie d’extinction). Il joue un rôle écologique essentiel de par leur nécrophagie, ils évitent ainsi la dispersion de quantités d’autres bactéries, toutes aussi mortelles, qui décimeraient animaux et humains sans distinctions. D’ailleurs, il n’est pas encore su combien de temps les bactéries peuvent rester à même le sol sans mourir, rappelez-vous elles s’étiolent au contact de l’oxygène. En outre, on sait pas quels autres réservoirs C. perfringens a, même si ces espèces de vautours étudiées ne sont pas en Europe, on ne peut pas non plus compter sur l’absence totale de cette bactérie dans nos contrées. Comme toujours prudence est mère de sureté, les plaies qui saignent doivent être traitées !

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C’était l’Archeo-ranger pour Sci&Fi, transmission terminée…

Références :
Meng, X. et al. (2017) Metataxonomics reveal vultures as a reservoir for Clostridium perfringens. Emerging Microbes & Infections.
Clostridium perfringens sur Wikipedia.
Haydon et al. (2002) Identifying Reservoirs of Infection: A Conceptual and Practical Challenge. Emerging Infectious Diseases.

 

L’actu en Science – 22 juin

Salut à toutes et à tous,
Cette semaine on couvre le fait que l’acupuncture serait aussi efficace que la pharmacothérapie dans le traitement de certaines douleurs et aussi que la chasse à la fourmi dans la forêt tropical sud-américaine semble être beaucoup plus analogue à un réseau social qu’à une débauche d’opportunisme.

La petite aiguille serait-elle aussi efficace que des petite pilules dans le traitement anti-douleur ? (via Wikimedia)

L’acupuncture, l’anti-douleur sans effet secondaire ?

Dans une grande étude menée dans quatre hôpitaux australiens sur presque 2000 patients, des chercheurs rapportent que, dans certains cas, l’acupuncture pourrait remplacer le traitement analgésique pharmaceutique.

Sur un total de 1964 patients admis entre janvier 2010 et décembre 2011 pour des douleurs aiguës dans le bas du dos, due à une migraine ou suite à une foulure de la cheville, les médecins ont pu observer que la solution pharmaceutique ne valait pas mieux que l’acupuncture. Les patients étaient choisis si il rapportait une douleur de 4 sur une échelle de 10. Une heure après le traitement qu’il soit d’acupuncture, de prise de molécule analgésique ou un mélange des deux, environ 16% des patients se sentaient mieux et un autre 40% ressentait moins de douleurs. L’étonnante observation des chercheurs est qu’il n’y avait aucune différence quel que soit le traitement administré.

Cela ouvre donc potentiellement la porte à l’utilisation plus extensive de l’acupuncture en milieu hospitalier dans le cadre de la gestion de certaines douleurs. En effet, contrairement à des molécules telles que le paracétamol et les produits à base de morphine, l’acupuncture n’aurait pas d’effets secondaires ni de contre-indication.

 

Motmot de Lesson (Momotus lessonii) observé durant les études de terrain (Crédit : Sean O’Donnell/Drexel University)

Une union sans prise de bec

Lorsque une abondante source de friandise ne survient que de manière temporaire et très localisée alors mieux vaut s’organiser pour toujours être au courant. Et c’est exactement ce qui a été observé chez les Motmot de Lesson (photo) et d’autres espèces d’oiseaux se nourrissant de ou grâce aux fourmis.

En un sens, les réseaux sociaux ne sont pas exclusifs aux humains. Au Costa-Rica certaines espèces, tel le Momotus lessonii, s’organisent pour toujours être au courant des “Apéro Tweet” près de chez eux. Ceux-ci ont lieu à l’improviste lorsque les fourmis légionnaires de la région sortent en groupe, pour migrer ou chercher de la nourriture. Celles-ci sont alors des proies aussi nombreuses qu’aléatoires ; certains oiseaux se sont même spécialisés non dans la chasse de fourmis mais dans le vol des proies que ces dernières ont trouvé et ramènent à leur nid. C’est pourquoi il est important pour ces oiseaux de savoir être à l’écoute de leur réseau pour ne pas louper l’aubaine quand elle se présente.

C’est la structure de ces groupes qui a été observé en cherchant à savoir si il y avait un effet de réseau entre et au sein des espèces d’oiseaux. Le chercheur n’a pas mis en évidence de coopérations explicites inter-espèces mais il semble bien que certaines s’évitent alors que d’autres chassent ensemble. Certaines, encore, reconnaissent les cris d’espèces d’oiseaux fourmiliers ayant repéré une colonie et s’invitent au festin. Il a même été observé que des réseaux étaient plus étendus que d’autres. Chez le Fourmilier ocellé (Phaenostictus mcleannani), par exemple, les oiseaux savants ou expérimentés montrent aux pus jeunes où se trouvent les nids de fourmis. C’est donc tout un réseau “sociaux” qui s’est organisé autour de cette source de nourriture abondante mais peu fréquente dont il semble que chacun puisse profiter à condition d’être à l’écoute.

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C’était l’Archeo-ranger et le Conteur pour Sci&Fi, transmission terminée…

Référence :
Cohen et al. (2017) Acupuncture for analgesia in the emergency department: a multicentre, randomised, equivalence and non-inferiority trial. Medical Journal of Australia.
O’Donnell (2017) Evidence for facilitation among avian army-ant attendants: specialization and species associations across elevations. BioTropica.

L’actu en Science – 15 juin

Salut à toutes et à tous,

que dire ? Nous avons été beaucoup absents mais Sci&Fi nous manquait alors nous avons décidé de remettre nos casquettes respectives. L’Archeoranger et le Conteur sont donc de retours et ont décidé de redémarrer sur quelques actualités scientifiques. Cette semaine sont abordés l’utilisation de la digitalisation 2.0 afin de reconstruire des réseaux culturels et commercials du passé, la dangerosité insoupçonnée des feux de forêts et enfin la capacité du règne microscopique à communiquer entre espèces différentes. Bonne lecture.

La place San Marco à Venise, peinture par F. Guardi, 18e Siècle (via Wikimedia)

La Venise passée comme si vous y étiez

Voyager dans le temps reste un fantasme encore inaccessible si ce n’est dans l’imaginaire que l’on retrouve dans la science-fiction. Cependant, les technologie actuelles nous permettent de mimer cette expérience. Cela demande de développer une connaissance détaillée de l’histoire du lieu et de l’époque que l’on souhaite découvrir.

C’est d’ailleurs l’une des promesses du projet en développement par l’équipe du Laboratoire des Humanités Digitales de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Celui-ci se repose sur l’analyse des registres et différentes sources d’informations sur la ville de Venise et son activité sur une période d’environ mille ans, de sa Sérénissime République à aujourd’hui. Cela étant aujourd’hui possible grâce aux technologies modernes qui offrent la possibilités d’analyser des volumes sans les ouvrir (et donc de potentiellement les endommager) pour récupérer des versions numérisées de chaque page ainsi que d’automatiser la digitalisation des informations et de les corréler entre-elles via l’apprentissage machine (s’appuyant sur une intelligence artificielle capable d’apprendre grâce à un réseau de neurones artificiels).

Si ce projet aboutit, il offrirait non seulement des informations sur l’Histoire mais également l’état des réseaux à différentes époques : on pense évidemment à l’évolution des marchés et routes commerciales mais plus surprenamment la propagation de maladie par exemple. Ce projet a pour objectif lointain d’offrir la possibilité à d’autres grands centres commerciaux et culturels de faire de même afin de virtuellement reconstruire la tapisserie des réseaux d’échanges économique, culturelle et sanitaire au cours du temps en Europe puis par extension aux autres continents.

Cependant il est important de rappeler qu’il ne s’agit pour l’instant que d’un projet aux objectifs ambitieux. Il sera donc intéressant d’en suivre le déroulement  dans l’espoir de le voir atteindre ses objectifs et peut-être bien plus.

(suite…)

L’Evolution en marche : des Blennies sortent de l’eau

Récemment, en regardant je ne sais plus quelle vidéo sur le net, j’ai eu le malheur d’en regarder les commentaires. Quelle n’a été ma surprise lorsque j’ai pu y lire des personnes (en français, hein !) qui émettaient des doutes sur la Théorie de L’Evolution. Les personnes émettant ces avis se basaient en grande partie sur le fait qu’elle n’était qu’une « théorie ». En effet, dans le référentiel du langage commun (par opposition à scientifique) une théorie ne serait qu’une « connaissance que purement spéculative » (Définition du Larousse). Outre l’envie de me taper la tête contre un mur face à cette bêtise, je me dois ici de placer une citation de notre cher Neil deGrasse Tyson :

« The good thing about science is that it’s true whether or not you believe in it.

Autrement dit, la science est véridique que vous y croyez ou non. Je le répète, que vous fermiez les yeux, que vous choisissiez de ne pas croire aux faits, ces phénomèmes existent ; ils se passent d’ailleurs bien de votre opinion. Est-ce que présenter des cas ou la théorie de l’évolution est manifeste peut aider certain(e)s à comprendre leur erreur ? Espérons.

Trois des quatres espèces de Blennies en cours d’évolution. les deux premières sont amphibies alors que la troisième est maintenant plus ou moins « terrestre » en restant dans la zone supra-littoral. (crédits : C. J. Fulton, Figure A1 de l’article originel)

Coincidence, il se trouve que quelque jours plus tard je trouvais un article sur des espèces en « cours d’évolution » ; des poissons qui commençait à faire une transition entre la mer et la terre…

C’est, en effet, l’une des grandes étapes dans l’évolution de la vie sur notre planète, environ 90 millions d’années après la colonisation de la terre ferme par les premières proto-plantes, les premiers animaux ont suivi la colonisation de cet espace alors inhabité, et pourtant l’on en sait que peu de choses sur les raisons de cette transition. Qu’est-ce qui a pu pousser des créatures aquatiques à émerger ? Il faut le rappeler les espèces aquatiques respirent via des branchies ou tout du moins dépendent de l’oxygène dissout dans l’eau, adaptée à la vie marine leur peau se déssèche très rapidement et que dire de la reproduction ? Il y a fort à parier que vous avez déjà vu des oeufs de poissons ou de grenouilles, fragiles, sans coquilles. Ainsi, les espèces ont du adapter absolument tout leur mode de fonctionnement afin de s’adapter à un milieu aérien où tout peut se dessécher… Les hypothèses sont multiples mais par un hasard des choses, il est en une, au moins, qui soit démontrable car une évolution mer-terre se produit en ce moment même, à notre époque.

Dans l’archipel des îles Cook (Océan Pacifique), on trouve quatre espèces de poissons assez particuliers. De la famille des Blenniidae dont le nom vernaculaire est Blennies à dents de peignes, quatre espèces de quatre genres différents ont la faculté de survivre pendant un certain temps en dehors de l’eau. L’une d’entre elle (Alticus simplicirrus) ne passe presque plus de temps dans l’eau et préfère rester dans la zone supra-littoral. Cette dernière est la zone qui n’est inondée qu’en cas exceptionnels mais reçoit continuellement des embruns, elle reste donc humide en permanence.

En fait, il est généralement dur de déterminer pourquoi une espèce est poussée à changer d’environnement. Dans leurs cas, une équipe de recherche à effectuer un simple test avec des faux poissons en latex avec des motifs colorés ressemblant à ceux typiques des espèces mentionnées. Ils ont positionnés ces faux dans différentes zones où les blennies sont observés ; ces poissons, comme on le voit sur l’image ci-contre, ont les couleurs et les motifs adaptés pour se fondre sur les rochers. En laissant les faux pendant trois jours sur place, les scientifiques ont pu constater lesquels avaient des traces de morsures ou de déchiquetages laissés par des prédateurs. De cela, l’équipe en a a conclu que cette adaptation à la terre ferme leur permet de survivre bien au-delà de la zone oú leurs prédateurs, eux, peuvent survivre. La majeure partie des Blennies factices posés dans l’estran (la zone entre les marées hautes et basses) s’étaient fait croqués alors qu’une toute petite fraction d’entre eux avait été attaquée par des oiseaux dans la zone supra-littoral. Ainsi, en somme, leur choix de s’échouer volontairement dans un zone non-inondée à marée haute leur permet de survivre bien mieux.

Mais ce que l’on observe ici est assez étonannt puisque ces espèces ne possèdent aucun trait leur facilitant la vie sur la terre ferme. En effet, elles respirent toujours par leur branchie (et dans une certaine mesure par leur peau), elles doivent à minima rester humide pour ne pas souffrir et leur alimentation est constituée d’algues microscopiques qui doivent elles aussi être régulièrement humectées. On le voit bien, ces espèces n’ont pas de capacités particulières pour le moment. Il est en revanche possible que, les générations passant, de nouveaux traits émergent rendant leur vie dans cette zone plus facile. Cela n’en reste pas moins un cas d’évolution en cours. Ce cas-ci est facile car il est possible de déterminer que ces espèces proviennent de la zone supra-littoral où d’autres espèces de cette famille n’ont pas fait la transition vers la terre et il est facile de comprendre que la pression exercée par les prédateurs a pu favoriser ce comportement d’évitement. Un exemple rare et surtout actuel de transition entre la mer et la terre qui permet par la même de penser que la première espèce de poissons (telle le Tiktaalik, l’un des possible ancêtres communs aux tétrapodes) à avoir émerger de l’eau l’aurait fait afin d’échapper à ses prédateurs.

Si jamais l’on vous rétorque qu’il n’y pas de preuves de la Théorie de l’Evolution, vous pourrez toujours renvoyer le malappris à cet exemple.

Le Tiktaalik, l’une des possibles espèces qui fait le lien entre les poissons et le reste des animaux terrestres. C’est ‘un des candidats d’ancêtre commun des tétrapodes. Comme les Blennies actuels il aurait pu sortir de l’eau et utiliser la zone supra-littoral de manière temporaire afin d’échapper à ses prédateurs (crédit : wikimédia).

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Référence :
Ord, T. et al. (2017) Ecological Release from Aquatic Predation Is Associated with the Emergence of Marine Blenny Fishes onto Land. The American Naturalist.