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L’actu en Science – 22 août

Salut à toutes et à tous,

cette semaine on parle bactéries mais vues sous deux angles différents. Le premier est comment on pourrait traiter certaines infections grâce à une action jusque là inconnue du lait maternelle. Deuxièmement, une archée retrouvée en Antarctique nous montre comment les plasmides, ces petites structures d’ADN semi-indépendantes au sein des bactéries, pourraient en fait être les ancêtres des virus actuels.

Action des sucres complexes du lait maternel sur des biofilms bactériens, rendant chaque organisme plus vulnérables à l’action des antibiotiques (Crédits : Steven Townsend / Vanderbil)

Des sucres maternels plus efficaces que les antibiotiques ?

L’on sait déjà que le lait maternel possède de nombreuses propriétés. C’est bien sûr une solution nutritive pour le nourrisson mais il permet aussi le transfert de microorganismes qui vont construire sa flore intestinale. Il est également su que certaines protéines contenues dans ce lait aide au développement du système immunitaire du nouveau-né. Ce rôle dans l’immunité est d’autant renforcé avec la découverte que certains sucres complexes avaient également des propriétés antibactériennes.

Il a été ainsi démontré que selon les donneuses, les glucides présents dans le lait maternel est capable de tuer les bactéries ou du moins de désorganiser les biofilms, des communautés de bactéries entourées d’une matrice protectrice, rendant les organismes plus vulnérables à d’autres agents antimicrobiens voire les deux simultanément.

Il ne s’agit cependant pas d’une cure miracle mais bel et bien d’une source potentielle de nouveaux traitements qui pourrait accompagner, éventuellement remplacer dans certains cas, la prise d’antibiotiques. Il reste à étudier plus en détails l’actions de ces glucides complexes et à développer des solutions pour reproduire ces composés dans un objectifs pharmaceutique.

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L’actu en Science – 15 août

Salut à tous et à toutes,
cette semaine dans les actualités en science, on couvre les dernières conclusions d’une équipe de chercheurs sur l’augmentation de la fréquence et de l’amplitude des inondations en Europe. Une perspective peu rassurante sur le changement climatique ! En parlant d’amplitude, notre seconde actualité traite du plus grand dinosaure jamais découvert, un représentant de la famille des Titanosaures…

Les crues en Europe sont d’ores et déjà perturbées mais de manière différentes selon les zones. En 1) fonte des neiges précoce, en 2) tempêtes hivernales ultérieures, en 3) saturation précoce des sols et en 4) une augmentation des pluies hivernales (Crédit : Figure 1 de l’article originel)

Le climat se dérègle, les inondations aussi

Le changement climatique ne va pas seulement se traduire par une hausse de la température généralisée mais aura, et a déjà, des conséquences beaucoup plus tangibles. Un dérèglement des inondations met en danger potentiellement un grand nombre de villes ainsi que les ressources agricoles en danger.

Une équipe internationale de chercheurs vient de publier une étude portant sur deux facteurs fondamentaux des inondations: leur périodicité et leur magnitude. En utilisant les données de plus de 4200 stations hydrométriques réparties sur les territoires européens, et datant d’entre 1960 et 2010, elle a pu observé les changements dans la période d’arrivée et dans l’ampleur des crues. Comme l’on pouvait s’en douter, les tendances varient selon la distance à l’océan Atlantique et selon la distance à des chaînes montagneuses. Globalement, il a été conclu que les crues, en moyenne, changeaient de rythme survenant plus tôt ou plus tard selon les endroits. D’autres facteurs étaient à prendre en compte, également, comme la saturation des sols et des aquifères qui généralement aggrave la taille des crues en rejetant le surplus dans les cours d’eau. En clair, les crues vont non seulement être plus difficiles à prédire quant à leur arrivée, elles seront probablement plus dangereuses aussi.

Le grand problème pour nous autres sont les suivants. La plupart des grandes villes ont historiquement été bâties sur des fleuves ou des rivières pour des raisons soit d’approvisionnement, de locomotion ou de défense. Les systèmes anti-crues actuels sont basés sur les observations faites dans le passé alors que les tendances montrent une augmentation des volumes mettant en danger des millions de gens.

La production agricole sera fortement touchée elle aussi. Certains sols seront trop humides à des moments défavorables, les crues éroderont les terrains fragiles voire pourront causer des dommages aux plantations déjà installées. Enfin l’incertitude d’arrivée des crues et donc de remplissage des barrages pourrait avoir des conséquences négatives sur la production hydroélectrique.
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L’actu en Science – 29 juin

Salut tous et à toutes,
cette semaine dans les actualités en Science : la particularité du medium photographique et le lien entre pratique religieuse et suicide.

Photographies argentiques et Objectifs

Les souvenirs sur pellicules

La photographie est un art complexe qui tend à capturer, par l’image seule, un moment précieux ainsi que les ressentis qui l’entourent. Avec le développement et la plus grande accessibilité des appareils photographiques, il a été noté que la photographie était parfois utilisée comme un moyen de conserver de manière externe des informations visuelles ; une sorte d’aide-mémoire. Cependant une étude démontre que la photographie augmente la capacité à enregistrer de manière efficace des informations visuelles. Il a été observé que la réalisation d’un photo induit un état d’attention accrue quant aux détails des lieux et objets vus. Cela s’effectue cependant aux dépens des informations auditives qui sont, elles, moins bien capturées.
Notre manière de capturer des images va moduler notre manière de les mémoriser. Nous avons le choix d’utiliser la photographie comme une extension externe de notre mémoire ou de concentrer notre attention pour capturer plus en détails ce que l’on observe afin de mieux les conserver dans nos souvenirs. Cette deuxième possibilité à un coût, l’attention portée aux images diminue celle de nos autres sens comme l’ouïe et le toucher et réduit donc les dimensions du souvenirs enregistrés.

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Les vautours ces (gan)graines de champions

Il a été découvert que certaines espèces de vautours étaient parmi les réservoirs bactériens de Clostridium perfringens, cette bactérie qui cause des cas particulièrement impressionnants de gangrène gazeuse ; l’Archeo-ranger reprend les éléments de cette découverte les uns après les autres.

La gangrène, ce mot issu du grec « gagraina » et qui signifie putréfaction des tissus, est l’une de ces pathologies – disons le clairement – dégoutantes. Elle est généralement associée avec les soldats blessés à la guerre et dont le traitement a souvent été l’amputation du membre infecté. Mais en temps de paix, elle est toujours présente, bien que le nombre de cas décroît ostensiblement (1000 cas par an aux E.U.A selon Wikipédia). En effet, la gangrène ne se contracte uniquement que par la souillure d’une plaie par des bactéries présentes dans la terre ou sur des outils mal désinfectés. Mais comment font ces bactéries pour survivre, quelles sont leurs mécanismes de reproduction ? Il est certain qu’elles n’attendent pas qu’un humain avec une plaie ouverte passe par là pour espérer l’infecter. Non, en réalité des animaux « réservoirs » hébergent les bactéries (qui y vivent d’ailleurs très bien) et les libèrent à travers leurs excréments. Ces bactéries survivant un temps en extérieur et si un humain se trouve être en contact direct avec la zone souillée alors l’infection peut survenir. Il peut suffire de marcher avec des chaussures ouvertes et avoir une coupure au pied ou même se faire éclabousser par de la boue et avoir une blessure ouverte, comme feu les soldats des tranchées de la Première Guerre Mondiale. La question reste donc, quel animal porte cette bactérie et pourquoi ceux-ci ne meurent-ils pas de la même infection que nous ?

Âmes sensibles s’abstenir, les images plus bas peuvent piquer les yeux, vous êtes prévenus.

 

Le concept d’animal-réservoir

Vous vous êtes peut-être déjà demandé où vont les virus ou les bactéries lorsque personne n’en est infecté ?
Typiquement, comment se fait-il que la grippe revienne chaque année alors même que personne ne semble en être affecté pendant les mois d’été ?
L’une des explications est à trouver du côté du mécanisme de survie des microbes. Voyez-vous, la plupart d’entre eux ont des réservoirs, c’est-à-dire des animaux qui ne sont généralement pas “affectés” par le virus mais au sein duquel le virus peut se multiplier et être transporté au gré des mouvements de l’hôte, le tout gratuitement. Ainsi, dans le cas de la grippe aviaire, comme son nom l’indique, elle est transportée par certains oiseaux dont elle affecte le tube digestif et ne se transmettra à l’homme que via leurs déjections.

Ainsi, pour comprendre le cycle de vie d’un microbe et potentiellement se prémunir de ces infections (là on ne parle pas de traitement mais bien de prévention), il faut notamment connaitre son moyen de transmission entre êtres humains mais aussi le moyen de transport et de transmission entre l’animal réservoir et l’humain. Si il est difficile de voir et d’éviter des particules microscopiques, il peut-être plus simple de voir ou de se prémunir du vecteur pathogène ; ou en tout cas interagir avec lui de manière sûre. Dans le cas de la grippe à nouveau, cela passe par une interdiction de mettre sur le même marché aux bêtes des oiseaux et des cochons vivants puisque l’on sait que les porcs peuvent contracter le virus en étant exposé aux déjections aviaires. Une fois les porcs grippés, le virus est déjà taillé pour se propager chez l’homme due à une relative similarité immunologique entre nos poumons. Bref, vous l’aurez compris il est essentiel de trouver l’animal réservoir des virus qui nous affectent et prendre des mesures de précautions.

Le vautour chaugoun, un des vautours de l’ancien continent dont chaque individu peut lâcher un nombre variable de bactéries causant la gangrène gazeuse par ses excréments (via Wikimédia)

Montage photo avec grossissement progressif d’un intestin affecté. A) Surface B) Structure interne C) Les bâtonnets bactériens D) Clostridium perfringens au microscope électronique. (via Wikimédia)

Les vautours, réservoir de la gangrène

Des chercheurs chinois se sont intéressées aux bactéries présentes dans les excréments de certain vautours présents en Chine et rapportent qu’un nombre important de bactéries pathogènes utilisent les vautours comme réservoirs. En utilisant une technique de séquençage d’ARN propres aux microbes (et donc ne lisant pas les séquences provenant du vautour), ils ont retrouvé 314 séquences microbiennes différentes. Seulement 102 (soit 32%) correspondaient à des espèces de bactéries connues, le reste étaient soit des espèces inconnues soit des variantes inconnues de séquences connues. De ces 102 séquences connues, 45 portaient la signature d’agents pathogènes aux humains. Il y a donc une inquiétante quantité de maladie dont les vautours sont les réservoirs.Toutefois, la plupart de ces séquences ont été retrouvées en quantités infimes donc leur potentiel de dangerosité est très réduit.

Mais le plus troublant reste que la bactérie la plus nombreuse reste Clostridium perfringens. En principe, cette bactérie ne devrait pas nous inquiéter. En effet, c’est une espèce immobile et anaérobique obligée, c’est à dire qui survit uniquement dans des milieux sans oxygène et périclite au contact de l’oxygène ambiant. Autrement dit, cette bactérie et nous vivons dans des mondes opposés. Oui, mais voilà, elle est aussi la cause principale de la gangrène gazeuse. Ce type de gangrène est particulièrement impressionnant du fait que la zone infectée gonfle, qu’elle provoque des œdèmes et des tâches violacées de tissus nécrosés sont visibles à la surface la peau. Son traitement même avec nos antibiotiques modernes n’est pas assuré. Dans certains cas limités, l’injection d’oxygène sous pression proche des tissus infectés peut entraver la croissance des bactéries anaérobiques. Malheureusement, l’amputation est encore courante pour se débarrasser de l’infection – l’alternative étant la mort du patient…

 

Patient affecté par un cas de gangrène gazeuse, photographie avant amputation. La peau violacée est nécrosée et des œdèmes sont visibles.

Ceci étant, rien ne sert de s’affoler et d’ordonner l’abattage systématique des vautours (d’ailleurs la plupart sont DÉJÀ en voie d’extinction). Il joue un rôle écologique essentiel de par leur nécrophagie, ils évitent ainsi la dispersion de quantités d’autres bactéries, toutes aussi mortelles, qui décimeraient animaux et humains sans distinctions. D’ailleurs, il n’est pas encore su combien de temps les bactéries peuvent rester à même le sol sans mourir, rappelez-vous elles s’étiolent au contact de l’oxygène. En outre, on sait pas quels autres réservoirs C. perfringens a, même si ces espèces de vautours étudiées ne sont pas en Europe, on ne peut pas non plus compter sur l’absence totale de cette bactérie dans nos contrées. Comme toujours prudence est mère de sureté, les plaies qui saignent doivent être traitées !

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Explorons le passé, interrogeons le présent et rêvons le futur sur Sci&Fi.
C’était l’Archeo-ranger pour Sci&Fi, transmission terminée…

Références :
Meng, X. et al. (2017) Metataxonomics reveal vultures as a reservoir for Clostridium perfringens. Emerging Microbes & Infections.
Clostridium perfringens sur Wikipedia.
Haydon et al. (2002) Identifying Reservoirs of Infection: A Conceptual and Practical Challenge. Emerging Infectious Diseases.

 

L’actu en Science – 22 juin

Salut à toutes et à tous,
Cette semaine on couvre le fait que l’acupuncture serait aussi efficace que la pharmacothérapie dans le traitement de certaines douleurs et aussi que la chasse à la fourmi dans la forêt tropical sud-américaine semble être beaucoup plus analogue à un réseau social qu’à une débauche d’opportunisme.

La petite aiguille serait-elle aussi efficace que des petite pilules dans le traitement anti-douleur ? (via Wikimedia)

L’acupuncture, l’anti-douleur sans effet secondaire ?

Dans une grande étude menée dans quatre hôpitaux australiens sur presque 2000 patients, des chercheurs rapportent que, dans certains cas, l’acupuncture pourrait remplacer le traitement analgésique pharmaceutique.

Sur un total de 1964 patients admis entre janvier 2010 et décembre 2011 pour des douleurs aiguës dans le bas du dos, due à une migraine ou suite à une foulure de la cheville, les médecins ont pu observer que la solution pharmaceutique ne valait pas mieux que l’acupuncture. Les patients étaient choisis si il rapportait une douleur de 4 sur une échelle de 10. Une heure après le traitement qu’il soit d’acupuncture, de prise de molécule analgésique ou un mélange des deux, environ 16% des patients se sentaient mieux et un autre 40% ressentait moins de douleurs. L’étonnante observation des chercheurs est qu’il n’y avait aucune différence quel que soit le traitement administré.

Cela ouvre donc potentiellement la porte à l’utilisation plus extensive de l’acupuncture en milieu hospitalier dans le cadre de la gestion de certaines douleurs. En effet, contrairement à des molécules telles que le paracétamol et les produits à base de morphine, l’acupuncture n’aurait pas d’effets secondaires ni de contre-indication.

 

Motmot de Lesson (Momotus lessonii) observé durant les études de terrain (Crédit : Sean O’Donnell/Drexel University)

Une union sans prise de bec

Lorsque une abondante source de friandise ne survient que de manière temporaire et très localisée alors mieux vaut s’organiser pour toujours être au courant. Et c’est exactement ce qui a été observé chez les Motmot de Lesson (photo) et d’autres espèces d’oiseaux se nourrissant de ou grâce aux fourmis.

En un sens, les réseaux sociaux ne sont pas exclusifs aux humains. Au Costa-Rica certaines espèces, tel le Momotus lessonii, s’organisent pour toujours être au courant des “Apéro Tweet” près de chez eux. Ceux-ci ont lieu à l’improviste lorsque les fourmis légionnaires de la région sortent en groupe, pour migrer ou chercher de la nourriture. Celles-ci sont alors des proies aussi nombreuses qu’aléatoires ; certains oiseaux se sont même spécialisés non dans la chasse de fourmis mais dans le vol des proies que ces dernières ont trouvé et ramènent à leur nid. C’est pourquoi il est important pour ces oiseaux de savoir être à l’écoute de leur réseau pour ne pas louper l’aubaine quand elle se présente.

C’est la structure de ces groupes qui a été observé en cherchant à savoir si il y avait un effet de réseau entre et au sein des espèces d’oiseaux. Le chercheur n’a pas mis en évidence de coopérations explicites inter-espèces mais il semble bien que certaines s’évitent alors que d’autres chassent ensemble. Certaines, encore, reconnaissent les cris d’espèces d’oiseaux fourmiliers ayant repéré une colonie et s’invitent au festin. Il a même été observé que des réseaux étaient plus étendus que d’autres. Chez le Fourmilier ocellé (Phaenostictus mcleannani), par exemple, les oiseaux savants ou expérimentés montrent aux pus jeunes où se trouvent les nids de fourmis. C’est donc tout un réseau “sociaux” qui s’est organisé autour de cette source de nourriture abondante mais peu fréquente dont il semble que chacun puisse profiter à condition d’être à l’écoute.

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Explorons le passé, interrogeons le présent et rêvons le futur sur Sci&Fi.
C’était l’Archeo-ranger et le Conteur pour Sci&Fi, transmission terminée…

Référence :
Cohen et al. (2017) Acupuncture for analgesia in the emergency department: a multicentre, randomised, equivalence and non-inferiority trial. Medical Journal of Australia.
O’Donnell (2017) Evidence for facilitation among avian army-ant attendants: specialization and species associations across elevations. BioTropica.

L’actu en Science – 15 juin

Salut à toutes et à tous,

que dire ? Nous avons été beaucoup absents mais Sci&Fi nous manquait alors nous avons décidé de remettre nos casquettes respectives. L’Archeoranger et le Conteur sont donc de retours et ont décidé de redémarrer sur quelques actualités scientifiques. Cette semaine sont abordés l’utilisation de la digitalisation 2.0 afin de reconstruire des réseaux culturels et commercials du passé, la dangerosité insoupçonnée des feux de forêts et enfin la capacité du règne microscopique à communiquer entre espèces différentes. Bonne lecture.

La place San Marco à Venise, peinture par F. Guardi, 18e Siècle (via Wikimedia)

La Venise passée comme si vous y étiez

Voyager dans le temps reste un fantasme encore inaccessible si ce n’est dans l’imaginaire que l’on retrouve dans la science-fiction. Cependant, les technologie actuelles nous permettent de mimer cette expérience. Cela demande de développer une connaissance détaillée de l’histoire du lieu et de l’époque que l’on souhaite découvrir.

C’est d’ailleurs l’une des promesses du projet en développement par l’équipe du Laboratoire des Humanités Digitales de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Celui-ci se repose sur l’analyse des registres et différentes sources d’informations sur la ville de Venise et son activité sur une période d’environ mille ans, de sa Sérénissime République à aujourd’hui. Cela étant aujourd’hui possible grâce aux technologies modernes qui offrent la possibilités d’analyser des volumes sans les ouvrir (et donc de potentiellement les endommager) pour récupérer des versions numérisées de chaque page ainsi que d’automatiser la digitalisation des informations et de les corréler entre-elles via l’apprentissage machine (s’appuyant sur une intelligence artificielle capable d’apprendre grâce à un réseau de neurones artificiels).

Si ce projet aboutit, il offrirait non seulement des informations sur l’Histoire mais également l’état des réseaux à différentes époques : on pense évidemment à l’évolution des marchés et routes commerciales mais plus surprenamment la propagation de maladie par exemple. Ce projet a pour objectif lointain d’offrir la possibilité à d’autres grands centres commerciaux et culturels de faire de même afin de virtuellement reconstruire la tapisserie des réseaux d’échanges économique, culturelle et sanitaire au cours du temps en Europe puis par extension aux autres continents.

Cependant il est important de rappeler qu’il ne s’agit pour l’instant que d’un projet aux objectifs ambitieux. Il sera donc intéressant d’en suivre le déroulement  dans l’espoir de le voir atteindre ses objectifs et peut-être bien plus.

(suite…)

L’Evolution en marche : des Blennies sortent de l’eau

Récemment, en regardant je ne sais plus quelle vidéo sur le net, j’ai eu le malheur d’en regarder les commentaires. Quelle n’a été ma surprise lorsque j’ai pu y lire des personnes (en français, hein !) qui émettaient des doutes sur la Théorie de L’Evolution. Les personnes émettant ces avis se basaient en grande partie sur le fait qu’elle n’était qu’une « théorie ». En effet, dans le référentiel du langage commun (par opposition à scientifique) une théorie ne serait qu’une « connaissance que purement spéculative » (Définition du Larousse). Outre l’envie de me taper la tête contre un mur face à cette bêtise, je me dois ici de placer une citation de notre cher Neil deGrasse Tyson :

« The good thing about science is that it’s true whether or not you believe in it.

Autrement dit, la science est véridique que vous y croyez ou non. Je le répète, que vous fermiez les yeux, que vous choisissiez de ne pas croire aux faits, ces phénomèmes existent ; ils se passent d’ailleurs bien de votre opinion. Est-ce que présenter des cas ou la théorie de l’évolution est manifeste peut aider certain(e)s à comprendre leur erreur ? Espérons.

Trois des quatres espèces de Blennies en cours d’évolution. les deux premières sont amphibies alors que la troisième est maintenant plus ou moins « terrestre » en restant dans la zone supra-littoral. (crédits : C. J. Fulton, Figure A1 de l’article originel)

Coincidence, il se trouve que quelque jours plus tard je trouvais un article sur des espèces en « cours d’évolution » ; des poissons qui commençait à faire une transition entre la mer et la terre…

C’est, en effet, l’une des grandes étapes dans l’évolution de la vie sur notre planète, environ 90 millions d’années après la colonisation de la terre ferme par les premières proto-plantes, les premiers animaux ont suivi la colonisation de cet espace alors inhabité, et pourtant l’on en sait que peu de choses sur les raisons de cette transition. Qu’est-ce qui a pu pousser des créatures aquatiques à émerger ? Il faut le rappeler les espèces aquatiques respirent via des branchies ou tout du moins dépendent de l’oxygène dissout dans l’eau, adaptée à la vie marine leur peau se déssèche très rapidement et que dire de la reproduction ? Il y a fort à parier que vous avez déjà vu des oeufs de poissons ou de grenouilles, fragiles, sans coquilles. Ainsi, les espèces ont du adapter absolument tout leur mode de fonctionnement afin de s’adapter à un milieu aérien où tout peut se dessécher… Les hypothèses sont multiples mais par un hasard des choses, il est en une, au moins, qui soit démontrable car une évolution mer-terre se produit en ce moment même, à notre époque.

Dans l’archipel des îles Cook (Océan Pacifique), on trouve quatre espèces de poissons assez particuliers. De la famille des Blenniidae dont le nom vernaculaire est Blennies à dents de peignes, quatre espèces de quatre genres différents ont la faculté de survivre pendant un certain temps en dehors de l’eau. L’une d’entre elle (Alticus simplicirrus) ne passe presque plus de temps dans l’eau et préfère rester dans la zone supra-littoral. Cette dernière est la zone qui n’est inondée qu’en cas exceptionnels mais reçoit continuellement des embruns, elle reste donc humide en permanence.

En fait, il est généralement dur de déterminer pourquoi une espèce est poussée à changer d’environnement. Dans leurs cas, une équipe de recherche à effectuer un simple test avec des faux poissons en latex avec des motifs colorés ressemblant à ceux typiques des espèces mentionnées. Ils ont positionnés ces faux dans différentes zones où les blennies sont observés ; ces poissons, comme on le voit sur l’image ci-contre, ont les couleurs et les motifs adaptés pour se fondre sur les rochers. En laissant les faux pendant trois jours sur place, les scientifiques ont pu constater lesquels avaient des traces de morsures ou de déchiquetages laissés par des prédateurs. De cela, l’équipe en a a conclu que cette adaptation à la terre ferme leur permet de survivre bien au-delà de la zone oú leurs prédateurs, eux, peuvent survivre. La majeure partie des Blennies factices posés dans l’estran (la zone entre les marées hautes et basses) s’étaient fait croqués alors qu’une toute petite fraction d’entre eux avait été attaquée par des oiseaux dans la zone supra-littoral. Ainsi, en somme, leur choix de s’échouer volontairement dans un zone non-inondée à marée haute leur permet de survivre bien mieux.

Mais ce que l’on observe ici est assez étonannt puisque ces espèces ne possèdent aucun trait leur facilitant la vie sur la terre ferme. En effet, elles respirent toujours par leur branchie (et dans une certaine mesure par leur peau), elles doivent à minima rester humide pour ne pas souffrir et leur alimentation est constituée d’algues microscopiques qui doivent elles aussi être régulièrement humectées. On le voit bien, ces espèces n’ont pas de capacités particulières pour le moment. Il est en revanche possible que, les générations passant, de nouveaux traits émergent rendant leur vie dans cette zone plus facile. Cela n’en reste pas moins un cas d’évolution en cours. Ce cas-ci est facile car il est possible de déterminer que ces espèces proviennent de la zone supra-littoral où d’autres espèces de cette famille n’ont pas fait la transition vers la terre et il est facile de comprendre que la pression exercée par les prédateurs a pu favoriser ce comportement d’évitement. Un exemple rare et surtout actuel de transition entre la mer et la terre qui permet par la même de penser que la première espèce de poissons (telle le Tiktaalik, l’un des possible ancêtres communs aux tétrapodes) à avoir émerger de l’eau l’aurait fait afin d’échapper à ses prédateurs.

Si jamais l’on vous rétorque qu’il n’y pas de preuves de la Théorie de l’Evolution, vous pourrez toujours renvoyer le malappris à cet exemple.

Le Tiktaalik, l’une des possibles espèces qui fait le lien entre les poissons et le reste des animaux terrestres. C’est ‘un des candidats d’ancêtre commun des tétrapodes. Comme les Blennies actuels il aurait pu sortir de l’eau et utiliser la zone supra-littoral de manière temporaire afin d’échapper à ses prédateurs (crédit : wikimédia).

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Référence :
Ord, T. et al. (2017) Ecological Release from Aquatic Predation Is Associated with the Emergence of Marine Blenny Fishes onto Land. The American Naturalist.

 

L’actu en Science – 28 février

Salut à toutes et à tous,

cette semaine on en remet une couche sur l’alimentation et la santé (cf. nos actualités du 15 février), mais cette fois-ci on rapporte une étude qui tend à démontrer que les organismes de santé publique pourrait économiser beaucoup d’argent si un système de taxes et de subventions étaient employées sur certains aliments ce qui, à priori, orienterait le choix des consommateurs vers des aliments moins problématiques pour la santé. On parle aussi de Zealandia, une nouvelle masse continentale qui crée des remous dans la communauté des géologues !

Le sucre, une molécule dont l’abus (intentionnel ou non) conduit à bien des maladies au même titre que certains acides gras et bien d’autres molécules présentes dans nos produits d’alimentation modernes (Crédits : UWE Hermann via Flickr)

Subventions au secours de la santé ?

Nous sommes tous au courant que nos habitudes alimentaires, dans les pays industrialisés du moins, conduisent un bon nombre d’entre nous à développer des maladies pourtant évitables : on peut notamment penser aux diabètes de type 2 ou aux obésités, par exemple. Des chercheurs Australiens se sont penchés sur la question suivante : si les aliments sains étaient subventionnés alors que les aliments nocifs étaient davantage taxés, que se passerait-il ?

Ils ont, pour répondre à cette question, effectué une modélisation comprenant les maladies liées à l’alimentation, les coûts pour la santé publique et les fluctuations des prix. Les auteurs rapportent que ce qui aurait l’impact le plus positif sur la santé des consommateurs serait une taxation sur le sucre suivie d’une taxation sur le sel. Selon ce même modèle, subventionner les fruits et les légumes n’aurait, à priori pas un impact fort sur la santé mais permettrait de rétablir l’équilibre budgétaire des consommateurs. Ce type de modélisation est encore limitée par le fait qu’elle n’inclut pas tous les choix possibles (viandes et poissons notamment) et ne permet pas vraiment de distinguer comment modifier le prix de certains produits de base affecterait celui de certains produits dérivés ou tout-préparés. Donc ce n’est encore qu’un début de piste dans cette direction.

Il reste, par ailleurs, des problèmes majeurs dans cette approche qui est somme tout utopique. Les aliments et les portions préconisés par le gouvernement sont-ils nécessairement bons pour la santé ? Il est bien connu que les guides nutritionnels varient en fonction des pays et en plus ceux-ci changent au fur et à mesure des années. Qui plus est, on est en mesure de se questionner sur l’existence de conflits d’intérêts. Certains de ces guides pourraient être influencés par des facteurs économiques ou politiques, voire du lobbying de certains groupes agro-industriels. Ainsi, une approche utopique d’orientation de notre consommation est à prendre avec précaution : qui fixerait les règles nutritionnels et les quotas ? Quels produits pourraient bénéficier de ces subventions (produits transformés ou bruts) ? Qui auraient le consommateur, donc l’humain, comme préoccupation et non d’autres intérêts ? Qui vérifierait le bien-fondé de ces décisions ? Autant de questions à méditer…

Un article intéressant sur un sujet connexe a été écrit par Le Monde tout récemment sur la guerre des prix entre distributeurs et fournisseurs : Guerre des Prix, tensions dans les négociations entre grande distribution et producteurs. Changer pour le mieux, médicalement parlant, nos habitudes alimentaires par le biais des lois est intéressant mais comme on le voit les intérêts économiques entraînent déjà des dérives.

(suite…)

Les mammouths, victimes de pluies de diamants, ou pas

Juste avant le début de la période géologique actuelle, l’Holocène, le climat mondial est passé par plus d’un millénaire de glaciation. L’une des théories sur la cause de cette glaciation postule qu’une ou plusieurs comètes se seraient écrasées sur Terre, entraînant des réactions en chaînes conduisant à un refroidissement soudain de la planète et entraînant la disparition des mammouths et d’autres représentant de la mégafaune. Les défenseurs de cette théorie tiennent pour preuve la découverte de trois sortes de « nano-diamants » dont l’origine serait traçable à la collision de corps célestes soient entre eux soient avec la Terre, laissant envisager qu’une pluie de minuscule diamants ait pu s’abattre sur l’Amérique du Nord…

La comète Clovis

L’hypothèse a du charme, son récit d’une ampleur biblique, écoutez donc, ô voyageurs du web fatigués :

Une comète dans le ciel (via Wikimedia)

« Nous sommes en Amérique du Nord, il y a voilà 13 000 ans, le ciel s’embrase alors qu’une boule de feu tombe sur la Terre. Dans le lointain, un bruit sourd résonne sur les plaines, c’est la Terre, scarifiée, qui gémit ; des bourrasques de vent d’une violence inouïe se font sentir à des centaines de lieues. En peu de temps, le ciel s’obscurcit de matériaux pulvérisés dans la collision, l’apocalypse s’annonce. De gigantesques feux s’allument spontanément de toutes parts dans les grandes Prairies, les hordes de mammouths, en panique, fuient. Vains efforts pour s’échapper à la furie du ciel, comme des grêlons, s’abattent sur les herbivores impuissants des projectiles minuscules mais plus durs que l’acier. Pénétrant même leur cuir si robuste et jusqu’au plus profond de leur chair, les mammouths s’affaissent les uns après les autres ; c’est le triomphe du petit sur le géant, David contre Goliath ! Ceux qui avaient survécu à ce déluge lithique perdirent la vie dans l’embrasement des plaines qui autrefois les nourrissait. Ainsi s’achève la domination, ad vitam æternam, des plaines par ces pachydermes d’un autre âge alors que par miracle l’Homme, lui, parvient à échapper à cet enfer ».

Voici la version (à peine romancée et agrémentée par mes soins) de l’Histoire à laquelle certains chercheurs croient pour expliquer la chute des températures mondiales en particulier dans l’hémisphère nord il y a 12 700 ans. Selon l’hypothèse de la comète de Clovis, aussi appelée l’hypothèse de l’Impact Cosmique du Dryas Récent, ils postulent qu’une comète, ou plusieurs tombant en pluie, serait à l’origine d’une longue série de dérèglements climatiques, pendant une période géologique appelé le Dryas Récent.

Le Dryas Récent : la dernière glaciation

Plantons le décor : (suite…)

L’actu en Science – 15 février

Bienvenue internet,

Bonne année, en retard certes, mais tout de même ! Cette semaine on parle d’une fourmi qui, pardonnez la facétie, a un coléoptère collé au cul. Par ailleurs, l’on se penche aujourd’hui sur un possible lien entre la diminution de la prise de nourriture et le ralentissement du vieillissement, et ce grâce à un meilleur fonctionnement des ribosomes.

N. kronaueri, ne lâchant pas l’affaire, attaché à la base de l’abdomen d’une fourmi légionnaire (crédit : Figure 1C de l’article)

L’auto-stoppeur est un coléoptère

Vous avez peut-être vu passer ces derniers jours cette image d’une fourmi légionnaire (Eciton mexicanum) capable de doubler la puissance de son twerk grâce à un double postérieur. Et vous avez même peut-être appris qu’il ne s’agissait pas d’une facétie de l’évolution mais d’un coléoptère, Nymphister kronaueri, qui s’accroche à la base de l’abdomen pour voyager à l’oeil. Ce que nous raconte finalement cette histoire c’est que parfois de nouvelles espèces sont sous nos yeux mais savent parfois, tels des ninja, se fondre dans leur environnement.

On peut se demander comment la fourmis ne repère pas ce resquilleur un peu trop affectueux. Et bien, ce coléoptère myrmécophile (qui aime les fourmis) possède en réalité des glandes sécrétant des composés apaisant son hôte.

Et si vous vous interrogez sur les raisons qui poussent ce petit arthropode à s’agripper ainsi, il s’agit d’un moyen pour eux de suivre la colonie de fourmis légionnaires dans ces changements de camps régulier. En effet, cette espèce à une relation particulière avec ces fourmis dont elle semble dépendre au point de s’adapter pour mieux la suivre sans que l’on sache encore précisément la relation exacte entre les deux espèces. Ce qui est certain, en revanche, c’est que les colonies de fourmis, non s’en rappeler celles de notre espèce, créent de par leur existence un écosystème complexe au sein duquel évoluent plusieurs autres espèces.

D’ailleurs, l’écosystème qui entoure les civilisations myrmécoles semble au final bien plus complexe et intriqués qu’aux premiers abords. Amenant à s’interroger sur le nombres d’espèces encore à découvrir autour de ces sociétés fourmillantes ? Seul les découvertes futures nous le diront.

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